Attendre par amour dans l'autre monde

Une âme désincarnée depuis deux ans patientait dans sa maison le retour de sa femme partie à l'hôpital.


Dans cette maison qui compte 5 pièces, il n'y avait qu'une seule pièce où l'atmosphère était la plus difficile : dès que l'on franchissait la porte, la gorge se serrait, la poitrine se pressait, puis un mal de tête obligeait finalement à quitter la pièce. Les mesures confirmaient ce ressenti, avec un taux de vitalité (13%), de qualité biotique (-25), de ionisation de l'air (+60) visiblement néfaste pour le vivant. Il y avait également une CCT* à 4 bras située dans le coin opposé à la porte d'entrée. Après un premier nettoyage, accompli sur quelques livres de la bibliothèque, les trois murs intérieurs, le taux de vitalité (27%), la qualité biotique (0), et l'ionisation de l'air (+20) étaient remonté dès que j'avais éloigné de 20 mètres la CCT de la maison. Mais la sensation à la gorge et à la poitrine persistait. En scannant un peu plus loin que la maison, j'avais senti une présence - un homme - qui m'épiait et qui aussitôt disparue. Comme je dormais sur place, il ne m'a pas été difficile de rentrer en contact avec lui. Ce n'était au départ que des bribes d'informations, mais j'ai compris qu'il s'agissait de l'ancien propriétaire ; je n'ai cependant pas compris s'il préférait errer ou s'il attendait sa femme ; en tout cas, il refusait sèchement mon aide, en prétendant qu'il était chez lui. Par moment, en effet, j'avais l'impression que le décor changeait et que je pouvais voir l'ancien mobilier. De l'avis des nouveaux habitants de la maison que je questionnais le lendemain, la pièce qu'il occupait lui aurait servi de bureau. Depuis ce jour-là, l'homme se manifestait dorénavant plus facilement à moi, en restant cependant à bonne distance. Je crois que c'est à ce moment que j'ai comprit qu'il attendait le retour de sa femme partie à l'hôpital. Toutefois, elle était décédé depuis 1 an déjà. Il l'ignorait et cela semblait beaucoup l'affecter, c'était très émouvant et curieux à la fois. En tout cas, il ne semblait pas avoir la possibilité de se déplacer au-delà de la maison. Le contact a été alors rompu jusqu'au soir, où il se manifesta à moi pour que je l'aide, parce qu'il ne voyait plus d'intérêt à rester, et qu'il ne savait pas comment faire pour partir.

Il s'est présenté à moi vers 1h15 du matin. Je l'attendais. J'ai commencé par le nettoyer des mémoires qui l'encombraient. Ce n'était pas très difficile. Elles étaient en partie situées au niveau de la poitrine et d'autres encore au niveau de l'estomac. Je crois qu'il m'a dit que c'était à cause de ça qu'il était mort. Quand j'ai terminé, je lui ai présenté une porte : en général, les âmes désincarnées font alors le premier pas pour entrer dans l'autre monde. Sauf que quelque chose n'allait pas apparemment. Je le poussais gentiment vers la porte, il résistait. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait : il était prêt à passer, il me semblait que j'avais correctement nettoyé son âme, mais il refusait de partir. Je regardais de nouveau son enveloppe : il n'y avait rien que je puisse faire de plus. Alors j'ai attendu aussi. Je ne sais pas combien de temps cela à duré. Ensuite quelqu'un est arrivé. Il est apparu venant de nul part, comme on ouvre le brouillard, et il s'est comme condensé à ses côtés. La clarté de l'être était sans pareil, non pas en terme de luminosité, mais plutôt en terme de transparence. En y repensant aujourd'hui, je me dis que le mot le plus juste est pur. L'être s'est présenté à moi comme étant la femme de ce monsieur. Elle n'avait pas eu de difficulté à passer de l'autre côté au moment de sa mort physique, à l'inverse de son mari, dont le poids de sa vie ne s'était pas libéré à sa mort. Apparemment, elle aussi attendait, mais de l'autre côté. Elle patientait une évolution de la situation, insinuant que son mari devait accomplir un travail de libération sur lui-même : c'était l'objet de cette errance dont le point de vue me semble difficile à saisir entièrement. Notre rencontre n'était pas le fait du hasard, car elle devait provoquer un déclic qui s'était réellement produit au moment où cet homme avait comprit qu'il attendait sa femme en vain. Ils m'ont tous deux remerciés et ils ont franchis ensemble la porte. Je me suis senti merveilleusement bien ce matin-là de Noël. Le couple est revenu trois fois me rendre visite au cours de ces dernières années. Je sais qu'ils m'accueilleront de l'autre côté. À chaque fois, ils sont très chaleureux. Je dois signaler aussi que je dois les précisions de ce texte à leur intervention, peu nombreuses, mais visiblement importantes. J'ai noté en italique les termes qu'il m'a fallu retravailler sous leur diction.

2 jours après cet évènement :
taux de vitalité (65%),
qualité biotique (+15),
ionisation de l'air (-60)

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