deux
En arrivant, je demandais seulement de l’amour, de quoi manger et me vêtir, un peu de stimulation pour m’aider à grandir, des moyens efficaces pour me protéger ou pour me défendre dans cette jungle sociale que l’on dit civilisée, mais j’ai beau chercher dans tous mes souvenirs, comparer les faits avec ce qui est comparable, comme une époque ou des comportements familiaux, et tourner le problème dans tous les sens pour lui conférer une certaine légitimité, et même en minimisant parfois certains aspects douloureux, il me semble bien avoir reçu, au bout du compte, un minimum vital. Cela signifie que sur un plan uniquement matériel, je n’ai manqué de rien : si pour le petit garçon que j’ai été, cela ne signifie pas grand-chose, pour mes parents qui ont manqué de tout dans les années de guerre mondiale, c’est probablement l’essentiel à retenir. D'ailleurs, il me faut quand même reconnaître que mes parents nous ont aimé de leur mieux, mes sœurs et moi, même si l’offre et la demande affective ne se sont pas réellementsituée au même niveau que les besoins individuels. Mes revendications ne sont-elles donc pas exagérées dans ce cas ? On pourrait longuement débattre sur les raisons financières, les causes matérielles, le « plein de » limites affectives, et l’absence de savoir-faire éducatif, mais je peux difficilement excuser la violence verbale et la violence physique, le manque d’empathie, et le fait d’être livré à soi-même. Je crois que c’est ce qui semble arriver aux familles qui appliquent à l’emporte pièce une variante moins rigide des règles séculaires reçues de pères en fils, et de mères à filles, sans jamais y réfléchir vraiment, ni les remettre suffisamment en cause, sans chercher à en adopter d’autres pour leur propre bien-être et celui de tout le monde. On pourrait croire que c’était hier, mais la plupart des familles que j'ai rencontré ne comprennent pas pourquoi leur conditionnement éducatif rigide s’appliquent de moins en moins à leur progéniture ; regrettent-ils secrètement le temps des coups de martinet, des punitions dans le noir, des mains sur la table et le silence monastique ? Car, je le sais, ce type de réflexion est extrêmement coûteux pour l’estime de soi, qu’il peut sembler beaucoup plus facile de continuer de transmettre à sa descendancece qui est gravé à jamais dans la chaire plutôt que de manœuvrer à vue en s’adaptant aux besoins d’un enfant plein de vie. Il faudra encore, si l’on parvient à ce dépassement de soi, creuser au milieu de son désert affectif pour trouver de l’amour ; et seulement alors, cultiver sans relâche sa parcelle de terrain où bientôt chacun pourra venir s’y déshydrater lorsque ce sera devenu une oasis. Je crois que l’on peut arriver à trouver sa source que si l’on creuse suffisamment...

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